Depuis aussi longtemps que je me souvienne, le sport a été une source de joie, de liberté et de bien-être profond pour moi.

Originaire de St-Étienne-de-Lauzon, un petit village sur la Rive-Sud de Québec, je suis la benjamine d’une famille modeste de quatre enfants. Mon père, un homme aimant mais autoritaire, nous a toujours poussés vers le sport, souvent en nous mettant en compétition les uns contre les autres, indépendamment de notre sexe ou de notre âge. En tant que cadette, j’ai utilisé mon talent sportif comme moyen de recherche de reconnaissance et d’affection. Cette quête de validation a développé en moi une croyance selon laquelle je devais constamment gagner et être la meilleure, ce qui m’a poussée au-delà de mes limites physiques et a conduit à des comportements autodestructeurs. J’ai hérité de mon père un dialogue intérieur négatif qui m’a menée à une perfectionnisme extrême, me laissant insatisfaite et en compétition constante avec tout le monde. Ce n’est qu’après de nombreuses années que j’ai pris conscience de ces schémas et que j’ai commencé à reprogrammer mon dialogue intérieur.

Le sport comme bouée de sauvetage

Les abus physiques et verbaux de mon père ont conduit mes sœurs aînées à fuir la maison. Josée, ma sœur aînée, est partie en 6e année, et Nathalie a quitté pour rejoindre Josée à Gatineau au printemps de mon 4e secondaire. Pour me sortir de cette dynamique familiale toxique, je suis partie jouer au volleyball à Sherbrooke en secondaire 5, tandis que mon frère se dirigeait vers le hockey collégial. Ma mère se retrouvait seule à la maison, pendant que mon père travaillait sur des chantiers éloignés.

Le sport est devenu ma bouée de sauvetage. Grâce à mon talent, j’ai intégré l’équipe nationale à 15 ans. Cependant, les abus verbaux et physiques m’ont suivie dans ma carrière, renforçant la croyance que je devais être parfaite pour mériter ma place. Mes visites rares à la maison étaient surtout pour ma mère, que j’aimais profondément. Mon père, malgré ses défauts, a toujours montré de l’affection quand tout allait bien, et je comprends aujourd’hui qu’il a fait de son mieux avec les cicatrices de son propre passé.

En juin 1995, après avoir été sélectionnée pour l’équipe canadienne en vue des Jeux Olympiques d’Atlanta 1996, j’ai été confrontée à une situation difficile. Bien que j’aie quitté l’équipe nationale en 1991 pour échapper à un entraîneur abusif, je suis revenue en 1995 avec l’espoir que les choses auraient changé. Malheureusement, l’entraîneur canadien rejetait ma passion et mon intensité, et les abus ont continué. Après de nombreuses tentatives infructueuses de signaler ces abus, j’ai pris la décision déchirante de renoncer à mon rêve olympique pour ne pas sacrifier mon intégrité.

Cette décision fut douloureuse mais enrichissante. En 1999, j’ai pris ma retraite sportive et entamé une formation en relation d’aide pour devenir thérapeute. Mon objectif était d’aider les femmes et les athlètes à mieux s’affirmer dans le sport. Pendant cette période, j’ai épousé Gregor Jelonek, entraîneur de patinage de vitesse, et nous avons eu notre première fille, Gabrielle, qui avait 3 ans lors des JO.

Mon rêve olympique

En 2002, grâce à Annie Martin, j’ai eu la chance de réaliser mon rêve olympique à 36 ans. Avant d’accepter ce défi, j’ai réfléchi profondément à ma motivation, qui était de me dépasser et d’inspirer les jeunes filles et femmes à aller au bout de leurs rêves. Ce retour a été un véritable carburant dans les moments difficiles.

Après avoir cessé la compétition en 2006 et avec la naissance de ma seconde fille, Cloé, j’ai rapidement transitionné vers les conférences post-olympiques. En 2014, j’ai cofondé Sport’Aide avec Sylvain Croteau et Sylvie Parent, un organisme dédié à promouvoir un milieu sportif sain et sécuritaire. J’ai également été ambassadrice de l’esprit sportif pendant 5 ans.

Depuis 2005, je travaille comme intervenante et conseillère dans le milieu sportif, en combinant ma formation en relation d’aide et mon expérience sur le terrain. Mes conférences portent sur les valeurs de l’esprit sportif, telles que le respect, l’intégrité et la persévérance.

Je crois fermement que les expériences difficiles que j’ai traversées ont un sens : partager et guider ceux qui souhaitent devenir de meilleurs êtres humains. C’est avec cette conviction que je mets mon parcours au service des autres, pour les aider à réaliser leurs propres rêves et à surmonter leurs défis.