D’aussi longtemps que je me souvienne, le sport m’a toujours procuré une joie, une liberté et un bien-être indescriptible.

Sans le sport, je n’aurais pas pu être qui je suis aujourd’hui. Grâce à lui, j’ai appris à me définir ; à mettre mes limites, à me respecter, à m’adoucir et à trouver cette paix intérieure qui m’est si précieuse autant pour moi que pour ceux que j’aime.

Je suis originaire d’un petit village, St-Étienne de Lauzon sur la Rive-Sud de Québec. Je suis la plus jeune d’une famille modeste de quatre enfants.

Mon père, un homme attachant, mais autoritaire, nous a poussés vers le sport. Sans être conscient des effets nocifs, il nous mettait constamment en compétition les uns contre les autres, peu importait le sexe et l’âge. Étant la cadette, mon talent athlétique a servi à me distinguer et à avoir la reconnaissance et l’amour de mon père. Du moins, c’est devenu ma croyance.  Pour être reconnue, je devais gagner, je devais être la meilleure, une croyance qui m’a poussée à aller bien au-delà de mes limites sportives, mais aussi à maltraiter mon corps de manière excessive. J’ai également intégré le dialogue intérieur de mon père ; d’être toujours insatisfaite si je n’étais pas parfaite et constamment en compétition avec tous et chacun. J’ai mis des années à en prendre conscience et à  transformer et reprogrammer mon dialogue intérieur. Les abus physiques et verbaux de mon père ont fait fuguer mes sœurs aînées qui avaient un tempérament rebelle. La fuite semblait la seule option.

De mon côté, pour me sortir de ce tourbillon familial malsain, je suis partie jouer au VB en secondaire 5 pour le club de Sherbrooke. Mon frère a fait le même choix pour aller jouer au hockey. Résultat, ma mère se retrouvait seule à la maison alors que mon père travaillait sur des chantiers en dehors.

Le corps de ma sœur Nathalie fut retrouvé 9 ans plus tard, victime de mauvaises fréquentations, de la drogue et de la boisson. Bien que douée pour les sports, ma sœur avait choisi un autre environnement…

Le sport est devenu mon sauveur, ma bouée de sauvetage. Mon talent m’a permis d’être sur l’équipe nationale dès l’âge de 15 ans. Je ne me posais pas trop de questions à ce moment, pratiquant un sport qui me rendait vivante.

Les abus verbaux et physiques ont continués à dominer ma vie à travers mon sport, et ce, dès mes premières années. Donner mon 100 % et être douée et talentueuse n’était pas suffisant. Ce qui renforçait ma croyance que ça n’était jamais assez.  

Mes rares visites à la maison familiale étaient destinées à ma mère que j’aimais profondément. Je ne peux nier toute l’affection que j’ai portée à mon père après avoir pris conscience qu’il a fait de son mieux. Lui aussi avait eu une enfance avec des carences. 

Juin 1995 a été un moment marquant, où j’ai enfin tenu tête à l’entraîneur, un mois et demi après avoir été sélectionnée sur l’équipe canadienne qui allait aux Jeux Olympiques d’Atlanta en 1996. 

Ayant quitté une première fois l’équipe nationale en 1991 pour fuir l’abus de pouvoir et le harcèlement psychologique de la part de ce même entraîneur, j’avais obtenu un généreux contrat dans une ligue professionnelle en Italie. Je ne comprenais pas alors la signification des termes abus et harcèlement psychologique et je pensais que mon mauvais caractère était la cause de mes problèmes. 

 En 1995, je revenais de l’Europe bien décidée à vivre mon rêve olympique. Avec les discussions que moi et mon entraîneur avions eues ; il était clair qu’il avait changé et moi de même. J’étais maintenant une joueuse plus mature que lorsque j’avais quitté quelques années auparavant et surtout riche d’une expérience sportive et professionnelle. J’avais également continué à travailler sur moi ; écrire dans mon journal, faire du yoga, bref à calmer mon volcan intérieur. Les supporteurs et les entraîneurs italiens appréciaient particulièrement « la mia GRINTA », cette intensité sur le terrain que l’entraîneur canadien rejetait. Selon lui, je devais être impassible bon coup, mauvais coup. Il ne faisait pas ressortir le meilleur de moi-même et vice-versa. 

J’étais prête à tout, pour faire les Jeux olympiques!! 

En fait, huit semaines après mon arrivée, en juin 1995, mon corps me trahissait par les blessures, ma confiance de joueuse était à son plus bas alors que six semaines plus tôt, j’étais en pleine forme et débordante de confiance et de motivation. Il utilisait les punitions physiques et les insultes quand j’exprimais mon mécontentement après une erreur. Il utilisait l’humiliation avec tous et chacune.

Un soir, après un match gagné en cinq sets contre une équipe russe venue s’entraîner et jouer des matches d’exhibition, pour nous punir parce qu’on avait mal joué selon lui, il nous a fait pratiquer jusqu’à minuit en barrant toutes les portes et en faisant sortir nos amis et la famille venus voir le match.

Mes tentatives, auprès de mes collègues de l’équipe, de la Fédération canadienne, du psychologue sportif et d’autres instances, furent sans succès et je dus m’y résoudre. Trop de joueuses entraînées par cet homme avaient quitté le sport blessées par ces abus et ce harcèlement psychologique et personne ne semblait voir sa responsabilité. Celles qui restaient voulaient coûte que coûte vivre leur rêve olympique. Je ne pouvais les convaincre et je devais respecter leur choix.  

Ça été déchirant de devoir renoncer à mon rêve olympique mais je refusais que mon parcours, pour y arriver, soit un cauchemar en sanctionnant des comportements inacceptables. En prenant cette décision, je me suis respectée comme femme et comme sportive.  La Fédération a remercié cet entraîneur après les Jeux olympiques.

Cette décision fut douloureuse, mais combien enrichissante ! Lorsque j’ai pris ma retraite en 1999, j’ai entrepris une formation en relation d’aide pour devenir thérapeute. Un de mes buts était de m’outiller pour aider les femmes et les athlètes à mieux s’affirmer dans le sport. Cela dit, j’ai commencé par m’aider moi-même en me dédiant à un travail intense de découverte de moi-même. C’est durant cet arrêt de presque trois ans que je me suis mariée avec un homme merveilleux, ouvert et sensible aux athlètes étant lui-même entraîneur  de patin de vitesse : Gregor Jelonek.  Je suis aussi devenue maman de ma première fille Gabrielle qui avait trois ans au JO. 

C’est grâce au coup de téléphone d’Annie Martin en 2002,  que j’ai pu vivre mon rêve inespéré de faire les Jeux olympiques à l’âge de 36 ans !

Avant d’accepter, j’ai cherché la motivation et la raison profonde qui m’animaient pour effectuer ce retour et j’ai trouvé : « Aller au bout de moi-même peu importe le résultat et être un modèle pour les jeunes filles et pour les femmes qui veulent dépasser leur limite. » Cela a été mon carburant dans les moments plus difficiles pour me motiver et me recentrer.

Après avoir cessé la compétition,  en 2006, ma seconde fille Cloé est née. La transition s’est fait rapidement avec les nombreuses demandes de conférences post-olympiques et un deuxième enfant! 

J’ai cofondé Sport’Aide en 2014 avec Sylvain Croteau, maintenant directeur général et Sylvie Parent, chercheuse à l’université Laval, un organisme qui a pour mission de favoriser un milieu sportif sain, sécuritaire et harmonieux. Je suis ambassadrice de l’esprit sportif pour faire la promotion de Sport’Aide et Sportbienetre.ca.

Je travaille depuis 2005 comme intervenante et conseillère dans le milieu sportif avec des athlètes, et ce, suite à ma formation en relation d’aide et à partir de mon expérience terrain.

Dans mes conférences, je parle des valeurs de l’esprit sportif en utilisant mon expérience sportif et mes valeurs telles le respect, l’intégrité et la persévérance.

Je me plais à penser que si la vie m’a amené à vivre ce genre d’expérience et à passer au travers pour réaliser mon rêve à l’âge de 36 ans d’une manière légère et magique, c’est pour maintenant partager et guider les gens qui veulent devenir de meilleurs êtres humains.

Bref, voilà un survol de mes nombreuses années dans le monde du sport! 

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